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  Radhouane Bouster est certainement le sportif qui a marqué le plus la fin de l’année 1978 et les débuts de 1979 en gagnant la légendaire Corrida de Sao Paulo et le cross du Figaro.
Ses performances à l’époque lui ouvriront les portes des J.O de Moscou  et un contrat  " Soisson " avec le Ministère de la Jeunesse et des Sports.
Né le 2 décembre 1954 à Paris, rien ne prédestinait Radhouane à la course à pied, lui le mordu de football, mais en 1972 il gagne le cross de l’Essonne et plus tard sera sélectionné pour les championnats de France de cross  ce qui lui permettra d’effectuer son service militaire au Bataillon de Joinville, il terminera 72e du championnat de France de cross et l’année suivante 12e.
Le service militaire terminé il quitte le club de Viry-Chatillon pour celui de Vanves, en 1975 il finit 15e du cross du Figaro et réalise 13:52 sur 5000m.
1977, après avoir été gardien du stade de Vanves, il ouvre un magasin d’articles de sports avec son père à Vigneux, cette année là il est classé 12e du championnat de France du 5000m à Nevers, il remporte ensuite les foulées de Suresnes, il arrive 9e au cross de Vanves et 4e au Figaro.
Les bons chronos et les bonnes places vont  se succéder alors, et le nom de Bouster va vouloir dire quelque chose, 8e aux championnats de France de cross et 18e aux championnats du monde à Glasgow avec une médaille d’or par équipe pour la France avec Levisse, Rault, Gomez, Gonzalez, Watrice.
Également 12e place mondiale sur 5000m en 13:24. Il devient champion de France du 10 000m en 28:29..
 
 
Mais il a un projet  : la Corrida de la Saint Sylvestre à Sao Paulo avec en tête la phrase du Belge Gaston Roelants  qui avait déclaré après sa victoire : "  Après moi aucun Européen ne pourra remporter la victoire. " Une telle phrase dans la bouche d’un champion me révoltait disait Radhouane. 
Les belles places continuent pour lui, 1er à Surenes, 9e aux foulées Rennaises et surtout une 2e place au cross de Vanves à 9 secondes de l’Anglais Simmons. Puis Bouster fait 10e à Cristal Palace en Angleterre  et c’est la victoire au cross du Figaro fertile en événement comme peuvent se rappeler certains :
" A 1 km de l’arrivée Boxberger me coince à gauche, je passe à droite, pareil ! je repasse à gauche et il me met son coude à hauteur du visage. Malgré tout j’essaie de passer à droite, là il s’appuie sur ma poitrine et passe premier. Mais le juge arbitre le déclasse et je suis premier. "
 
Dix jours plus tard Radhouane s’envole pour le Brésil.
Au cross de  Vanves, Bouster avait rencontré le Colombien Domingo Tibaduiza (4e) et vainqueur l’année précédente à la Corrida de Sao Paulo. " Nous avons sympathisé et il m’a expliqué la Corrida, mètre par mètre, seconde par seconde, ce qu’il fallait faire, ce qu’il fallait éviter. " 
Il part une semaine avant la course pour s’acclimater, il fait une chaleur torride. Sur place il va faire une reconnaissance du parcours, il monte la côte de la Consolation pour en mesurer l’inclinaison. Il prend ses points de repère : le garage Delphin en bas et le panneau Coca Cola en haut. Il refait deux fois les 8,4 km du parcours à pied et une fois en voiture.
Le jour de la course il arrive 1 heure avant le départ pour s’échauffer et s’imprégner de l’ambiance. Il croise M. Giffart l’organisateur des foulées Rennaises. L’ambiance est délirante, des milliers de personnes, une chaleur torride, des écoles de samba...
 
 
Le départ est donné à 23h 40 pour que l’arrivée se fasse dans les 3 premières minutes de 1979. Les féminines sont parties 300m avant les hommes. Dès le départ c’est un train d’enfer, Bouster et le Portugais Fernando Mamede sont ensemble. Les pétards explosent, les confettis et les bouts de papier emplissent le ciel, les gaz d’échappement.... Un bruit monstrueux. " Jamais entendu autant de bruit de ma vie, les oreilles me font mal. "
 200m après le départ une descente d’1 km. Mamede et Bouster sont 7e ou 8e. En arrivant au faux plat,  Véhimo trébuche, "  Il est un peu myope il vient de perdre quelques mètres, il a perdu la course.
Tibaduiza est alors 4e, le trou est fait nous ne sommes plus que 7 en tête. " 
Devant Mamede et Bouster il y a le Belge Schooes, l’Italien Fava et le Colombien Tibaduiza.
Avant la côte de la Consolation, Fava perd quelques mètres, la course est terminée pour lui. Une accélération, Bouster réagit, Mamede est distancé de 5 mètres. Bouster est 3e, Tibaduiza accélère encore juste avant la côte. Bouster et Schooes sont côte à côte, le Belge est gêné par un motard, il perd 5 mètres mais il remonte. En haut du faux plat on distingue la banderole d’arrivée au bout d’une grande avenue. " On croit qu’elle est à 800m alors qu’en réalité il reste 1,600 km à parcourir, pour moi c’est déjà fantastique de terminer 3e je monte sur le podium, mon rêve ! "
 
 
A 1,500 km de l’arrivée le Belge et Bouster rejoignent le Colombien et le doublent : " C’est là où ça m’a fait de la peine car c’est lui qui m’avait donné tous les tuyaux. "
A 900m de la ligne Bouster est donc 2e : " Alors que le plus dur était fait, j’ai faillis baisser les bras. "  A 300m, le Belge attaque, Bouster remonte 1m puis 2m puis 3m, le Belge ne bouge pas. " C’est pas vrai, je ne savais plus ce que je faisais, j’étais en transe. Je me suis retrouvé avec des forces surhumaines, mes jambes se levaient à nouveau et j’ai sprinté comme je ne l’avais jamais fait, je lui ai mis 10s en 200m. Je n’y croyais pas. Je croyais que je rêvais, je suis tombé après l’arrivée, ma femme m’a soutenu, je ne savais plus où j’étais, j’ai levé les bras au ciel. Le Belge est arrivé en marchant, Tabiduiza en zigzaguant. "
La suite :
La Marseillaise, la couronne et l’immense coupe de 1,20m. 
 
31 décembre 1978,  Radhouane Bouster vainqueur en 23min 52s pour 8,4 km.
 
La 1re édition de la Corrida de la Saint Sylvestre à Sao Paulo a eu lieu en 1925. Depuis 1991 la distance est de 15 km.
 
 
 
  écrit par Thierry LEFEUVRE